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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 04:35

En Bourgogne on fête aujourd' hui la mise au tombeau de saint Jean de Réôme. Son destin est comparable aux fondateurs de la même époque que j' ai évoqués précédemment en Palestine et plus généralement dans l' Eglise d' Occident ou d' Orient.

                                              Evangéliaire mérovingien*

Il est né au milieu du Vème siècle et mort en 539. Des récits sans doute légendaires le font naître au début du Vème siècle, car les hagiographes des débuts de l' Eglise aimaient  parfois faire vivre les saints moines très longtemps, comme pour les comparer aux patriarches bibliques et aux Pères du Désert, ils se devaient donc de vivre plus de cent ans !

Toujours est-il que sa vie fut écrite par le moine Jonas de Bobbio ( 600-659 ) après sa biographie sur saint Colomban ( 540-615 ), pour laquelle il avait parcouru la Gaule et ses monastères, qui conservaient les souvenirs de leurs fondateurs.

Saint Jean de Réôme était le fils d' un patricien gallo-romain, Hilaire premier comte de Tonnerre. Il avait donc dû recevoir une éducation de lettré dans cette époque troublée où les Burgondes ariens s' affrontaient aux Mérovingiens, héritiers de la loi franque. Il était né dans une région à la frontière du royaume burgonde et du royaume des Francs. Sans doute avait-il dû s' opposer à son milieu pour le quitter ainsi, refusant les charges et les responsabilités militaires ou administratives auxquelles sa naissance le destinait. Pendant ces guerres incessantes il fallait choisir son camp, il choisit celui de Dieu.

Cette époque d'invasions avaient accumulé les désastres pour la Gaule. La jeune Eglise qui avait été florissante un siècle auparavant ( Saint Martin de Tours ) et qui comptait de nombreux évêques préchait la patience et l' imitation des souffrances du Christ. Les hautes classes suivaient le peuple christianisé et se jettaient dans la recherche de Dieu en ces temps troublés. Les évêques représentaient la seule force d' unité, alors que l' administration était presque anéantie. 

 Il sentit donc lui aussi l' appel du désert, de la solitude. Mais en Bourgogne , c' était plutôt en forêt qu' on la trouvait ! Il suivit donc sa quête de Dieu dans des ruines situées en pleine forêt entre les rivières d' Armançon et de Serein au lieu-dit Réôme. D' autres anachorètes se joignirent à lui et ils cherchaient ensemble la sagesse chrétienne.On s' isolait dans des huttes ou des grottes autour d' une église, que l' on rejoignait pour la liturgie du dimanche, comme en Orient. On raconte que comme les Pères d' Egypte, il aimait méditer dans une fosse, comme s' il s' agissait d' une tombe...

En Occident on connaissait la vie d' Antoine le Grand ( écrite par saint Athanase vers 360 ) traduite en latin et celle de Paul de Thèbes écrite par saint Jérôme. Ces figures étaient extrêmement célèbres. Leurs vies étaient aussi rapportées par les pélerins de Terre Sainte et de Rome, beaucoup plus nombreux qu' on ne se figure aujourd' hui. C' est ainsi que la solitude de la forêt devenait un lieu d' épreuve, mais aussi un refuge pour aller vers le salut. C' était le signe de la rupture, de la conversion. " Quasi in parte alique paradisi " selon le mot de saint Césaire d' Arles. La forêt, c' était comme l' entrée du désert, " un second baptême " ( saint Jérôme ).

Lien : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5287691.html

Saint Jean de Réôme décida donc devant l' afflux de disciples de fonder un monastère sans doute mi érémitique, mi cénobitique. Mais désireux de plus de solitude et de direction spirituelle, il partit avec deux moines pour le monastère de Lérins, l' un des plus grands centres monastiques des Gaules.

  Abbaye de Lérins aujourd' hui, fondée par saint Honorat vers 410, adopta la règle bénédictine à la fin du VIIème siècle, puis la règle cistercienne.

 

 

Au bout d' un an, l' évêque lui ordonna de retourner à Réôme pour appliquer une règle plus rigoureuse à ses moines, selon la discipline de saint Macaire d' Egypte.

De Lérins rayonnait ainsi un réseau de nouvelles abbayes ( à Chinon, Loches, saint Claude, Vienne, Ile Barbe près de Lyon, etc...) formé par l'abbaye-mère, de même qu' auparavant toute une nouvelle génération d' évêques avait été formée à Lérins et continuait à l' être. 

En 511, le Concile d' Orléans réuni sous l' ordre de Clovis avait placé les moines de la Gaule franque sous l' autorité de l' évêque. En Bourgogne aussi l' Eglise se restructurait tant bien que mal :

Vers 516 saint Sigismond, roi de Bourgogne revenant à la foi catholique combattit sévèrement l' arianisme ce qui lui valut un diplôme de patrice de la part de l' empereur Justinien de Constantinople qui théoriquement considérait encore qu' il avait quelques intérêts politiques en Occident...Sigismond avant de se retirer dans un monastère convoqua aussi un concile.

Ces nouvelles orientations expliquent sans doute que saint Jean de Réôme dans les dernières années de sa vie se consacra entièrement à restructurer sa nouvelle fondation.

Quant à saint Sigismond, il fut tué, jeté dans un puit par les Mérovingiens. Son frère et héritier Godomar agrandit la Bourgogne, mais quelques années après, les fils de Clovis anéantirent définitivement le royaume burgonde.

Il est intéressant de remarquer que dans ces temps de guerres et d' écroulement de la civilisation, des germes de refondation étaient semés par l' Eglise. Elle avait négocié avec les barbares pour protéger les cités et maintenant elle se posait en alliée des nouveaux " rois ". Les moines, comme vivier des futurs évêques, parmi lesquels ces derniers étaient choisis, devaient organiser leurs jeunes et nouvelles abbayes sous l' autorité de l' évêque. Au point de vue économique, la protection des grandes familles locales allait petit à petit assurer leur fonctionnement. L' érémitisme strict était progressivement écarté.

L' abbaye qui prit le nom de Moutiers-Saint-Jean ( aujourd' hui en Côte-d' Or ) accueillit de nombreux moines, parmi lesquels saint Silvestre de Réôme deuxième abbé, mort en 625. Elle suivit la règle bénédictine ( réformée vers 1630 selon la règle des bénédictins de Saint-Maur ). A l' époque romane, elle possédait jusqu' à deux cents villages, et l' on reconstruisit un grand monastère ( ses restes appartiennent aujourd' hui au Metropolitan Museum de New York ! ) . L' abbatiale fut somptueusement reconstruite au XVIIème siècle...mais en 1792 tout fut démoli. Il reste aujourd' hui quelques pierres dans ce calme village où sainte Catherine Labouré fit sa Première communion...

L' église du village construite au XIIème siècle, sous l' invocation de la Conversion de saint Paul conserve les reliques de notre saint bourguignon, imitateur des Pères du Désert et bien oublié aujourd' hui !   

 *Echternach

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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 00:37

Aujourd' hui j' inaugure une nouvelle rubrique : la vie monastique, centrée sur l' histoire, le fonctionnement de monastères emblématiques. Faites-moi part de vos remarques, si vous souhaitez que je continue mes " investigations " !

 

Faisant suite à mon article sur saint Euthyme ( 376-473 ), fêté par l' Eglise catholique le 20 janvier, je vous propose de vous intéresser au dernier monastère qu' il créa, selon la vie du saint écrite par Cyrille de Scythopolis qui y fut moine de 545 à 555*.

Lien : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5323738.html

En plus des différentes fondations du saint, il a d' abord fondé le monastère de Saint-Théoctiste en 411( qui sera appelé Deir Al Mukkelik après la conquête arabe ), puis en 428 après une vie érémétique celui connu de son nom Saint-Euthyme ( au lieu-dit Khan Al Ahmar, aujourd' hui Mishor Adumim ). Son monastère était situé à 3 km au sud de la grande route entre Jéricho et Jérusalem, ce qui laisse supposer une grande activité d' accueil des pélerins vers les Lieux Saints. 

Nous avons vu que saint Euthyme accueillait des disciples ( une douzaine en permanence ) dans une laure. Ils avaient été préalablement formés par saint Théoctiste dont le monastère formait des centaines et des centaines de jeunes moines qui essaimèrent dans toute la région. Ainsi les moines disciples Elie et Martyrius, venus d' Egypte,  furent eux mêmes fondateurs ( Elie deux monastères près de Jéricho, et Martyrius un grand et prestigieux monastère en Judée avec une vaste hôtellerie ). D' autres, comme Côme et Etienne, furent incorporés dans la hiérarchie de la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

                                         St Théoctiste,ami de St Euthyme

L' église de la laure fut consacrée le 7 mai 428 par Juvénal, patriarche de Jérusalem, en présence de Passarion évêque et archimandrite des moines de la région de Jérusalem, et du théologien Hésychius.

De nombreux pélerins se pressaient au monastère. Un jour un groupe de 400 Arméniens fut hébergé ! Domitien, disciple et compatriote de saint Euthyme avait la responsabilité de l' accueil qui nécessitait alors la présence d' une cinquantaine de moines et employés...  

Economiquement le monastère de Saint-Euthyme était lié à celui de Saint-Théoctiste. Il cultivaient des terrains en commun et possédaient des terrains en fermage, ainsi qu' une hôtellerie et une égise, Saint-Pierre, vers Jérusalem.

En 457 saint Sabas fut reçu à la laure et guidé vers le noviciat de Saint-Théoctiste. Cette époque était celle du grand rayonnement du saint qui, appuyé par le patriarche de Jérusalem, défendait les positions de l' orthodoxie par rapport aux débats des dissidents monophysites( qui divisaient le siège d' Alexandrie en particulier ).

 De gauche à droite St Antoine, St Pierre, Ste Vierge et Enfant Jésus, St Paul, St Euthyme; en haut Moïse et St Paul de Thèbes.

 

Peu avant sa mort le saint avait prédit que la laure se transformerait en monastère de vie commune, et des travaux furent confiés au maître d' oeuvre Fidus : cellules, remparts , tour, citernes, et nouvelle église avec une dalle de marbre sur la tombe du saint solenellement bénite par Juvénal et le clergé.

Sous le patriarcat de Martyrius ( ancien disciple de Saint-Théoctiste ), les travaux durèrent trois ans et le nouveau monastère fut inauguré le 7 mai 482.

Mais des divisions survinrent entre les deux monastères frères. Le corps de Térébon ( le fils du Bédouin, cf article du 20 janvier ) qui avait laissé ses biens en héritage aux deux monastères fut enterré à Saint-Théoctiste. Ceci fut le prétexte d' une captation d' héritage de la part de ses moines...et les propriétés des deux monastères furent divisés.

En 614 pendant l' occupation perse, le monastère fut protégé, contrairement à l'invasion arabe de 638. Mais le pire fut le tremblement de terre de 659 qui nécessita de reconstruire l' église et une partie des bâtiments.

Le monastère se maintint jusqu' à l'époque des Croisades. Les moines traduisaient les textes du grec en arabe et de l' arabe en grec ( c' est vers le IXème siècle que les populations locales qui parlaient grec et araméen commençèrent à adopter la langue arabe du conquérant ), et gardait d'étroits contacts avec les monastères environnants. Saint Jean Damascène en mentionne l' abbé Anastase et ses trente moines.

En 796 les sarrazins attaquèrent les monastères de Palestine, et en 809 pillèrent  à nouveau celui de Saint-Euthyme et tuèrent un certain nombre de ses moines.

Le monastère est mentionné à la fin du VIIIème sièce par Etienne de Mar Saba, et  au IXème siècle par Théodore de Stoudion ( à Constantinople ).

Au XIIème siècle, la population locale était devenue de plus en plus musulmane et menaçait le monastère ( C'était le début de la conquête turque ). Jusqu' à cette époque en effet la population était majoritairement chrétienne. Les Omeyyades appelaient la Palestine, le pays des chrétiens... Au Xème siècle le calife de l' époque se plaignait qu' à Jérusalem ( environ 60 000 habitants ), il n' y avait que très peu de musulmans. Il fallait aller à Damas pour trouver de grandes mosquées ( cf: FE Peters : " Jerusalem ", Princeton Univ Press, Princeton, New Jersey, 1985, p 198sq ).

Le pélerin russe Daniel en fit une description. En 1177, Jean Phocas, un autre pélerin, décrivit ses fortifications et ses défenses, sans doute reconstruites pendant la période où les Croisés avaient pris le contrôle de la région et où les Comnènes reprenaient le contact avec les monastères. Une nouvelle chapelle funéraire fut construite à cette époque sur les reliques du saint. Vers 1185, Néophyte un moine de Chypre en visite décrivit les dommages causés par Saladin qui chassa les Croisés définitivement en 1191. Le nombre de moines décrut rapidement et le monastère fut abandonné sous les Mamelouks. Désormais le site deviendra Khan Al Ahmar, le khan rouge...et les reliques disparurent.

Le site a été fouillé par l' Anglais D. Chitty en1920, et par Y. Hischfeld qui a publié ses travaux en 1993. Photo du pavement, Hirschfeld. Voir lien ci-dessous :

cf lien : http://members.bib-arch.org  ( avec des réserves sur certains articles )

* Lire : " The lives of the Monks of Palestine " R. Price, éditions Cistercian Press, Kalamazoo, Michigan 

" The Desert, a city  " D. Chitty, Oxford, 1966. 

 

Vie de saint Euthyme d' après Cyrille de Scythopolis :

" Quand il offrait le divin sacrifice, il voyait très souvent les anges accomplir avec lui la liturgie " .

" Il disait en privé :  Très souvent, au moment de distribuer aux frères les divins mystères de l' Eucharisite, j' en ai vu parmi ceux qui s' approchaient qui étaient illuminés par la communion, et d' autres qui, par elle, étaient condamnés c'est-à-dire de quelque façon cadavérisés, parce qu' ils étaient indignes de la divine lumière " . 

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