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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 04:35

En Bourgogne on fête aujourd' hui la mise au tombeau de saint Jean de Réôme. Son destin est comparable aux fondateurs de la même époque que j' ai évoqués précédemment en Palestine et plus généralement dans l' Eglise d' Occident ou d' Orient.

                                              Evangéliaire mérovingien*

Il est né au milieu du Vème siècle et mort en 539. Des récits sans doute légendaires le font naître au début du Vème siècle, car les hagiographes des débuts de l' Eglise aimaient  parfois faire vivre les saints moines très longtemps, comme pour les comparer aux patriarches bibliques et aux Pères du Désert, ils se devaient donc de vivre plus de cent ans !

Toujours est-il que sa vie fut écrite par le moine Jonas de Bobbio ( 600-659 ) après sa biographie sur saint Colomban ( 540-615 ), pour laquelle il avait parcouru la Gaule et ses monastères, qui conservaient les souvenirs de leurs fondateurs.

Saint Jean de Réôme était le fils d' un patricien gallo-romain, Hilaire premier comte de Tonnerre. Il avait donc dû recevoir une éducation de lettré dans cette époque troublée où les Burgondes ariens s' affrontaient aux Mérovingiens, héritiers de la loi franque. Il était né dans une région à la frontière du royaume burgonde et du royaume des Francs. Sans doute avait-il dû s' opposer à son milieu pour le quitter ainsi, refusant les charges et les responsabilités militaires ou administratives auxquelles sa naissance le destinait. Pendant ces guerres incessantes il fallait choisir son camp, il choisit celui de Dieu.

Cette époque d'invasions avaient accumulé les désastres pour la Gaule. La jeune Eglise qui avait été florissante un siècle auparavant ( Saint Martin de Tours ) et qui comptait de nombreux évêques préchait la patience et l' imitation des souffrances du Christ. Les hautes classes suivaient le peuple christianisé et se jettaient dans la recherche de Dieu en ces temps troublés. Les évêques représentaient la seule force d' unité, alors que l' administration était presque anéantie. 

 Il sentit donc lui aussi l' appel du désert, de la solitude. Mais en Bourgogne , c' était plutôt en forêt qu' on la trouvait ! Il suivit donc sa quête de Dieu dans des ruines situées en pleine forêt entre les rivières d' Armançon et de Serein au lieu-dit Réôme. D' autres anachorètes se joignirent à lui et ils cherchaient ensemble la sagesse chrétienne.On s' isolait dans des huttes ou des grottes autour d' une église, que l' on rejoignait pour la liturgie du dimanche, comme en Orient. On raconte que comme les Pères d' Egypte, il aimait méditer dans une fosse, comme s' il s' agissait d' une tombe...

En Occident on connaissait la vie d' Antoine le Grand ( écrite par saint Athanase vers 360 ) traduite en latin et celle de Paul de Thèbes écrite par saint Jérôme. Ces figures étaient extrêmement célèbres. Leurs vies étaient aussi rapportées par les pélerins de Terre Sainte et de Rome, beaucoup plus nombreux qu' on ne se figure aujourd' hui. C' est ainsi que la solitude de la forêt devenait un lieu d' épreuve, mais aussi un refuge pour aller vers le salut. C' était le signe de la rupture, de la conversion. " Quasi in parte alique paradisi " selon le mot de saint Césaire d' Arles. La forêt, c' était comme l' entrée du désert, " un second baptême " ( saint Jérôme ).

Lien : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5287691.html

Saint Jean de Réôme décida donc devant l' afflux de disciples de fonder un monastère sans doute mi érémitique, mi cénobitique. Mais désireux de plus de solitude et de direction spirituelle, il partit avec deux moines pour le monastère de Lérins, l' un des plus grands centres monastiques des Gaules.

  Abbaye de Lérins aujourd' hui, fondée par saint Honorat vers 410, adopta la règle bénédictine à la fin du VIIème siècle, puis la règle cistercienne.

 

 

Au bout d' un an, l' évêque lui ordonna de retourner à Réôme pour appliquer une règle plus rigoureuse à ses moines, selon la discipline de saint Macaire d' Egypte.

De Lérins rayonnait ainsi un réseau de nouvelles abbayes ( à Chinon, Loches, saint Claude, Vienne, Ile Barbe près de Lyon, etc...) formé par l'abbaye-mère, de même qu' auparavant toute une nouvelle génération d' évêques avait été formée à Lérins et continuait à l' être. 

En 511, le Concile d' Orléans réuni sous l' ordre de Clovis avait placé les moines de la Gaule franque sous l' autorité de l' évêque. En Bourgogne aussi l' Eglise se restructurait tant bien que mal :

Vers 516 saint Sigismond, roi de Bourgogne revenant à la foi catholique combattit sévèrement l' arianisme ce qui lui valut un diplôme de patrice de la part de l' empereur Justinien de Constantinople qui théoriquement considérait encore qu' il avait quelques intérêts politiques en Occident...Sigismond avant de se retirer dans un monastère convoqua aussi un concile.

Ces nouvelles orientations expliquent sans doute que saint Jean de Réôme dans les dernières années de sa vie se consacra entièrement à restructurer sa nouvelle fondation.

Quant à saint Sigismond, il fut tué, jeté dans un puit par les Mérovingiens. Son frère et héritier Godomar agrandit la Bourgogne, mais quelques années après, les fils de Clovis anéantirent définitivement le royaume burgonde.

Il est intéressant de remarquer que dans ces temps de guerres et d' écroulement de la civilisation, des germes de refondation étaient semés par l' Eglise. Elle avait négocié avec les barbares pour protéger les cités et maintenant elle se posait en alliée des nouveaux " rois ". Les moines, comme vivier des futurs évêques, parmi lesquels ces derniers étaient choisis, devaient organiser leurs jeunes et nouvelles abbayes sous l' autorité de l' évêque. Au point de vue économique, la protection des grandes familles locales allait petit à petit assurer leur fonctionnement. L' érémitisme strict était progressivement écarté.

L' abbaye qui prit le nom de Moutiers-Saint-Jean ( aujourd' hui en Côte-d' Or ) accueillit de nombreux moines, parmi lesquels saint Silvestre de Réôme deuxième abbé, mort en 625. Elle suivit la règle bénédictine ( réformée vers 1630 selon la règle des bénédictins de Saint-Maur ). A l' époque romane, elle possédait jusqu' à deux cents villages, et l' on reconstruisit un grand monastère ( ses restes appartiennent aujourd' hui au Metropolitan Museum de New York ! ) . L' abbatiale fut somptueusement reconstruite au XVIIème siècle...mais en 1792 tout fut démoli. Il reste aujourd' hui quelques pierres dans ce calme village où sainte Catherine Labouré fit sa Première communion...

L' église du village construite au XIIème siècle, sous l' invocation de la Conversion de saint Paul conserve les reliques de notre saint bourguignon, imitateur des Pères du Désert et bien oublié aujourd' hui !   

 *Echternach

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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 06:00

En Terre Sainte, l' Eglise catholique fête saint Domitien né vers 410, le disciple de saint Euthyme le Grand, nés tous les deux dans la patrie de saint Polyeucte. Adolescent, sa foi fut remarquée par saint Euthyme son compatriote, alors qu' il menait une vie d' ermite avec saint Théoctiste.

Il le prit sous sa direction spirituelle, vers 425 lorsqu' il souhaita échapper aux foules. On se souvient qu' il avait baptisé une tribu de Bédouins ( dont le chef sous le nom de Pierre devint en 427 évêque des tribus nomades à partir de son campement des Parambolae non loin du futur monastère de Saint-Euthyme ), et que sa réputation de thaumaturge et de saint homme faisait le tour de la Palestine...

Domitien suivit donc son aîné dans le désert de Ruba, puis après quelques temps sur la montagne de Mardès ( aujourd' hui le Mird ) près de la Mer Morte où ils construisirent une chapelle.

Ils s' enfonçèrent ensuite dans le désert du Ziphon où David avait fui la colère de Saül; mais furent rejoints par des foules de visiteurs, venus surtout de la ville d' Aristoboule dont saint Euthyme avait soigné le fils d' un notable.

    Saint Euthyme, icône Mont Athos XVIIème siècle

Nos deux saints menaient aussi une vie frugale :

Les anachorètes de l' époque avaient l' habitude de quitter leur grotte ou leur cellule au moment du Carême lorque le désert n' est pas encore trop sec. Ils allaient dans le désert pour se conformer à l' exemple de saint Jean-Baptiste et de Jésus lui-même. Mais cela permettait aussi de forger le caractère. Ils partaient avec quelques disciples. C' est ce que fit Euthyme avec Domitien. Il s' agissait d' éprouver le novice,  de tisser des liens plus forts et de discerner les futures vocations. Ainsi Domitien fut l' économe de la future laure de Saint-Euthyme que j'ai évoquée dans mon commentaire d' hier.

Lien : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/archive-01-26-2007.html

Domitien fut aussi un formateur. En 429 Juvénal de Jérusalem l' ordonna comme diacre. Il assistait saint Euthyme. A la laure et au désert ils formèrent Elie et Martyrius futurs meneurs d' hommes et  patriarches de Jérusalem. Ils instruisirent  ainsi saint Sabas et saint Gérasime futurs fondateurs de monastères.

Cyrille de Scythopolis raconte que saint Euthyme portait avec lui au désert une petite pioche pour extraire les racines des plantes afin de se nourrir et de creuser le sol pour trouver de l' eau. Saint Sabas nourri de racines d' asphodèles crut presque mourir de soif ! 

Après les controverses que j' ai évoquées précédemment, saint Euthyme avait tissé un réseau de disciples bien formés sprituellement. Domitien assurait comme Marthe le fonctionnement du monastère jumelé avec celui de Saint-Théoctiste. Le vieil abbé après la mort de saint Théoctiste avait compris que la vie communautaire devrait être aussi la règle pour sa laure. Il craignait les scissions et souffrit de l' influence des doctrines hétérodoxes sur certains de ses disciples. La règle communataire était un rempart aussi contre l' erreur, même si l' esprit de la laure était considéré comme plus parfait.

Domitien savait tout cela, mais à la mort de son abbé le 20 janvier, après que le clergé de Jérusalem autour du patriarche Anastase, les moines Elie, Martyrius, etc...rendirent un dernier hommage au saint moine, il ne pouvait plus vivre. Il eut une vision de saint Euthyme l' appelant auprès de lui. Il se rendit alors à l' église du monastère et rendit l' âme. C'était une semaine après la mort de saint Euthyme après l' Epiphanie... 

http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5323738.html

 Saint Domitien, moine en Terre Sainte, ne doit pas être confondu avec saint Domitien, évêque, fêté le 10 janvier. Il était cité dans l' ancien canon ( kanonarion ) de Jérusalem le 5 novembre.

 

                                                 Désert de Judée

cf lien sur saint Polyeucte : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5627184.html

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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 02:40

Saint Jean Chrysostome ( Bouche d' or ) est né à Antioche au milieu de IVème siècle et mort en 407. Il y a donc seize siècles cette année !

Son père officier étant mort peu après sa naissance, il reçoit de sa mère une éducation soignée qui le confie aux meilleurs philosophes, mais comme saint Augustin exactement à la même époque, il connaît une jeunesse dissipée. Il se grise de théâtre et de joutes oratoires et ne néglige pas la bonne chère.

Lorque son maître Libanius meurt, celui-ci aurait dit : Jean aurait été mon meilleur successeur si les chrétiens ne me l' avaient pris ! En effet il suit des cours d' exégèse auprès de Diodore de Tarse, et finalement demande le baptême.

Plein d' ardeur, il s' installe vers 375, après la mort de sa mère, comme ermite aux portes d' Antioche, où il apprend la Bible par coeur, rédige des traités dont  " Du sacerdoce " influencé par saint Grégoire de Naziance. Il estime que le prêtre aussi, au milieu des périls et des tentations du monde, est méritant dans la voie de la perfection chrétienne. Mais épuisé par les austérités, il tombe malade et rentre à Antioche.

en 381, il est ordonné diacre par l' évêque Mélétius d' Antioche, puis prêtre. Il devient un célèbre prédicateur et rédige de nombreux écrits, tandis que ses sermons sont copiés par les fidèles.

Pendant un carême à Antioche, il aide l' évêque à juguler une révolte pendant laquelle les statues de l' empereur furent mutilées. Il écrit des sermons dont la célèbre homélie sur les statues où il s' écrie que les juifs et les païens ( opposés au pouvoir de l' empereur Théodose ) doivent apprendre que les temps ont changé et que les chrétiens désormais " sont les sauveurs, les protecteurs, les chefs et les maîtres de la cité " . Ce qui n' est pas diplomate...mais des conversions ont lieu en masse et l' empereur décide de " passer l'éponge ".Tout cela attire l' attention de la cour de Constantinople....

En 397, à la mort de l' archevêque Nectaire de Constantinople, l' empereur Arcadius ( 395-408 ) l' appelle à sa succession.

Toujours plein d' ardeur, il crée des hospices pour les malades et des asiles pour les nécessiteux. Il sera toujours aimé de la population.

                                 Saint Jean Chrysostôme,XIVème siècle, Kremlin

Mais ce n' était pas un homme facile, enclin aux compromis! Qu' on en juge :

Il destitue les prêtres indignes, s' insurge contre la corruption des grands de l' empire, fustige les mauvaises moeurs, rappelle les moines gyrovagues dans des couvents. 

Il reste dans la droite ligne de l' école d' Antioche appliquant à la vie réelle le message chrétien, alors que celle d' Alexandrie est plus encline aux interprétations allégoriques.

Il prend seul ses repas et impose un mode de vie austère à son entourage. Pas étonnant qu' il ait suscité des haines tenaces !

Même s' il avait remercié l' impératrice Eudoxie de ses bienfaits, il finit par l' accuser d'accaparement de biens contre une veuve et surtout de dépenser des sommes folles. Dès lors la colère de l' impératrice n' attendra qu' un prétexte pour l' écarter. Finalement en 402 lors d' une controverse de moines origénistes menés par le patriarche Théophile d' Alexandrie convoqué à Constantinople, saint Jean Chrysostome est déposé et condamné par l' empereur...Mais il est rappelé par l' impératrice pleine de remords ( elle avait fait une fausse couche, et les barbares menaçaient ). Cela ne l' empêche pas de continuer ses sermons de plus en plus accusateurs, surtout lorsqu' à la mort de l' impératrice on fait ériger une statue en sa mémoire, et de plus en plus populaires !

Au bout du compte il est exilé en Petite Arménie cappadocienne où il écrit de nombreuses lettres ( 245 ont été conservées ) à presque tous les évêques ! Le pape Innocent Ier, conseillé par saint Jean Cassien diacre de saint Jean Chrysostome, eut beau protester contre son exil, personne ne l'écouta...Au contraire, on expulse saint Jean Chrysostome aux confins du Pont-Euxin ( en Abkhazie actuelle ) où il meurt en route, épuisé près de Comana ( aujourd' hui Gumenek en Turquie ). 

Ses reliques sont transférées le 27 janvier 438 à Constantinople, puis en 1204 par les Croisés à Rome. Une partie importante fut rendue au patriarche Bartholomée Ier de Constantinople par le pape Jean-Paul II le 27 novembre 2004.

                     Rencontre de Jean-Paul II et Bartholomée Ier à Rome en 1995

Il est Docteur de l' Eglise catholique et fêté dans le nouveau calendrier le 13 septembre, le 13 novembre par les Eglises orthodoxes.

Il a été très critiqué pour ses sermons d' Antioche contre les chrétiens judaïsants qui ne quittaient pas leurs anciennes pratiques, comparant les synagogues à des temples païens...Le goût de la rhétorique  et l' ardeur de sa foi souvent vindicative à l' égard des tièdes ( il s' emportait contre les chrétiens des hautes classes qui menaient une vie de luxe identique à celle des païens ) le conduisaient à des positions qu' on qualifierait aujourd' hui de " dures " . Il eut une action missionnaire importante en direction des Slaves ( en Thrace et en Crimée ) et en Terre Sainte.

Il est l' un des saints les plus importants des Eglises de rite oriental, ayant codifié la divine liturgie, toujours en vigueur aujourd' hui. 

              Reliques lors de l' ouverture de l' autel à Saint-Pierre-de-Rome en 2004

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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 21:17

Dieu duquel sortir est mourir, vers qui retourner est revivre, en qui habiter est vivre.

Dieu que personne ne perd à moins d' être trompé,

que personne ne cherche à moins d' en être averti,

que personne ne trouve à moins de s' être purifié.

Dieu dont l' abandon signifie la mort,

dont la recherche signifie l' amour,

dont la vue signifie la possession.

Dieu vers qui la foi nous pousse,

l' espérance nous dresse,

à qui la charité nous unit,

Dieu par l' intermédiaire de qui nous vainquons l' ennemi,

c' est toi que je prie !

 

Saint Augustin ( 354-430 ), soliloques.

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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 00:37

Aujourd' hui j' inaugure une nouvelle rubrique : la vie monastique, centrée sur l' histoire, le fonctionnement de monastères emblématiques. Faites-moi part de vos remarques, si vous souhaitez que je continue mes " investigations " !

 

Faisant suite à mon article sur saint Euthyme ( 376-473 ), fêté par l' Eglise catholique le 20 janvier, je vous propose de vous intéresser au dernier monastère qu' il créa, selon la vie du saint écrite par Cyrille de Scythopolis qui y fut moine de 545 à 555*.

Lien : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5323738.html

En plus des différentes fondations du saint, il a d' abord fondé le monastère de Saint-Théoctiste en 411( qui sera appelé Deir Al Mukkelik après la conquête arabe ), puis en 428 après une vie érémétique celui connu de son nom Saint-Euthyme ( au lieu-dit Khan Al Ahmar, aujourd' hui Mishor Adumim ). Son monastère était situé à 3 km au sud de la grande route entre Jéricho et Jérusalem, ce qui laisse supposer une grande activité d' accueil des pélerins vers les Lieux Saints. 

Nous avons vu que saint Euthyme accueillait des disciples ( une douzaine en permanence ) dans une laure. Ils avaient été préalablement formés par saint Théoctiste dont le monastère formait des centaines et des centaines de jeunes moines qui essaimèrent dans toute la région. Ainsi les moines disciples Elie et Martyrius, venus d' Egypte,  furent eux mêmes fondateurs ( Elie deux monastères près de Jéricho, et Martyrius un grand et prestigieux monastère en Judée avec une vaste hôtellerie ). D' autres, comme Côme et Etienne, furent incorporés dans la hiérarchie de la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

                                         St Théoctiste,ami de St Euthyme

L' église de la laure fut consacrée le 7 mai 428 par Juvénal, patriarche de Jérusalem, en présence de Passarion évêque et archimandrite des moines de la région de Jérusalem, et du théologien Hésychius.

De nombreux pélerins se pressaient au monastère. Un jour un groupe de 400 Arméniens fut hébergé ! Domitien, disciple et compatriote de saint Euthyme avait la responsabilité de l' accueil qui nécessitait alors la présence d' une cinquantaine de moines et employés...  

Economiquement le monastère de Saint-Euthyme était lié à celui de Saint-Théoctiste. Il cultivaient des terrains en commun et possédaient des terrains en fermage, ainsi qu' une hôtellerie et une égise, Saint-Pierre, vers Jérusalem.

En 457 saint Sabas fut reçu à la laure et guidé vers le noviciat de Saint-Théoctiste. Cette époque était celle du grand rayonnement du saint qui, appuyé par le patriarche de Jérusalem, défendait les positions de l' orthodoxie par rapport aux débats des dissidents monophysites( qui divisaient le siège d' Alexandrie en particulier ).

 De gauche à droite St Antoine, St Pierre, Ste Vierge et Enfant Jésus, St Paul, St Euthyme; en haut Moïse et St Paul de Thèbes.

 

Peu avant sa mort le saint avait prédit que la laure se transformerait en monastère de vie commune, et des travaux furent confiés au maître d' oeuvre Fidus : cellules, remparts , tour, citernes, et nouvelle église avec une dalle de marbre sur la tombe du saint solenellement bénite par Juvénal et le clergé.

Sous le patriarcat de Martyrius ( ancien disciple de Saint-Théoctiste ), les travaux durèrent trois ans et le nouveau monastère fut inauguré le 7 mai 482.

Mais des divisions survinrent entre les deux monastères frères. Le corps de Térébon ( le fils du Bédouin, cf article du 20 janvier ) qui avait laissé ses biens en héritage aux deux monastères fut enterré à Saint-Théoctiste. Ceci fut le prétexte d' une captation d' héritage de la part de ses moines...et les propriétés des deux monastères furent divisés.

En 614 pendant l' occupation perse, le monastère fut protégé, contrairement à l'invasion arabe de 638. Mais le pire fut le tremblement de terre de 659 qui nécessita de reconstruire l' église et une partie des bâtiments.

Le monastère se maintint jusqu' à l'époque des Croisades. Les moines traduisaient les textes du grec en arabe et de l' arabe en grec ( c' est vers le IXème siècle que les populations locales qui parlaient grec et araméen commençèrent à adopter la langue arabe du conquérant ), et gardait d'étroits contacts avec les monastères environnants. Saint Jean Damascène en mentionne l' abbé Anastase et ses trente moines.

En 796 les sarrazins attaquèrent les monastères de Palestine, et en 809 pillèrent  à nouveau celui de Saint-Euthyme et tuèrent un certain nombre de ses moines.

Le monastère est mentionné à la fin du VIIIème sièce par Etienne de Mar Saba, et  au IXème siècle par Théodore de Stoudion ( à Constantinople ).

Au XIIème siècle, la population locale était devenue de plus en plus musulmane et menaçait le monastère ( C'était le début de la conquête turque ). Jusqu' à cette époque en effet la population était majoritairement chrétienne. Les Omeyyades appelaient la Palestine, le pays des chrétiens... Au Xème siècle le calife de l' époque se plaignait qu' à Jérusalem ( environ 60 000 habitants ), il n' y avait que très peu de musulmans. Il fallait aller à Damas pour trouver de grandes mosquées ( cf: FE Peters : " Jerusalem ", Princeton Univ Press, Princeton, New Jersey, 1985, p 198sq ).

Le pélerin russe Daniel en fit une description. En 1177, Jean Phocas, un autre pélerin, décrivit ses fortifications et ses défenses, sans doute reconstruites pendant la période où les Croisés avaient pris le contrôle de la région et où les Comnènes reprenaient le contact avec les monastères. Une nouvelle chapelle funéraire fut construite à cette époque sur les reliques du saint. Vers 1185, Néophyte un moine de Chypre en visite décrivit les dommages causés par Saladin qui chassa les Croisés définitivement en 1191. Le nombre de moines décrut rapidement et le monastère fut abandonné sous les Mamelouks. Désormais le site deviendra Khan Al Ahmar, le khan rouge...et les reliques disparurent.

Le site a été fouillé par l' Anglais D. Chitty en1920, et par Y. Hischfeld qui a publié ses travaux en 1993. Photo du pavement, Hirschfeld. Voir lien ci-dessous :

cf lien : http://members.bib-arch.org  ( avec des réserves sur certains articles )

* Lire : " The lives of the Monks of Palestine " R. Price, éditions Cistercian Press, Kalamazoo, Michigan 

" The Desert, a city  " D. Chitty, Oxford, 1966. 

 

Vie de saint Euthyme d' après Cyrille de Scythopolis :

" Quand il offrait le divin sacrifice, il voyait très souvent les anges accomplir avec lui la liturgie " .

" Il disait en privé :  Très souvent, au moment de distribuer aux frères les divins mystères de l' Eucharisite, j' en ai vu parmi ceux qui s' approchaient qui étaient illuminés par la communion, et d' autres qui, par elle, étaient condamnés c'est-à-dire de quelque façon cadavérisés, parce qu' ils étaient indignes de la divine lumière " . 

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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 01:35

                             le Caravage, église Sta Maria del Popolo, Rome, 1601 

 

                          " JE  SUIS  JESUS,  CELUI  QUE  TU  PERSECUTES "

 

" Quand Dieu entre dans une âme, son entrée est suivie des gémissements de la pénitence, en sorte que désormais la plus grande joie de l' âme est de répandre les PLEURS  DU  SALUT.

C' est comme  par un  ECLAT  DE  TONNERRE  qu' il nous frappe quand par sa grâce, il nous réveille de notre négligence et de notre assoupissement. "  ( St Grégoire le Grand )

 

" Quiconque est dans le Christ est  une  NOUVELLE  CREATURE. " ( II, Cor. ) 

 

Lien : http://www.magnificat.ca./cal/fran/01-25.htm

 

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24 janvier 2007 3 24 /01 /janvier /2007 17:17

Alors que dans tous les médias, on glorifie l' action de l' Abbé Pierre, voulant en faire " un ami du genre humain " en opposition avec l' Eglise, je me dis qu' au moins sa réflexion sur la mort  n' est pas récupérable !

 Que dit-il ? Il attend après la mort sa rencontre avec l' Ami, la vision de la Lumière ! Comme elle est belle l' espérance du chrétien...Nous avons l'espérance de la VISION béatifique, et nous participerons à la vie divine...Nous avons l' assurance de la Jérusalem céleste. Soit dit en passant, comme le paradis musulman est pauvre avec ses houris et ses éphèbes ! Même là leur Dieu est inaccessible, puisque la participation divine est pour eux incompréhensible.. Les juifs et les chrétiens ont, eux, l' espérance de voir Dieu. Dans le mystère de la Sainte Trinité, le chrétien a après la mort la promesse d' un amour éternel.

Il faut aimer les mystères de la religion chrétienne. C' est par ses mystères, et non par une attitude naturaliste que notre religion est belle et grande.

                                  Monastère Saint-Euthyme, pavement

                               

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23 janvier 2007 2 23 /01 /janvier /2007 02:28

Saint Jean l' Elémosynaire ( ou l' Aumônier ) naquit à Chypre en 556 où son père Epiphane était gouverneur. Il se maria et eut deux enfants. Mais ayant perdu prématurément sa famille, il devint moine.

Connaissant sa réputation de sagesse, il avait près de soixante ans, l' empereur Héraclius le pria de prendre le siège du patriarcat d' Alexandrie, agitée par les remous du monophysisme.

Il devint ce qu' on appellerait aujourd' hui un évêque social . Pour combattre les divisions, il opéra par la charité. Il se fit dresser des listes des nécessiteux de la ville, consacra les mercredis et vendredis à les recevoir personnellement, fit distribuer quotidiennement des vivres. Il visitait trois fois par semaine les hospices, et menait une action de réhabilitation des prostituées.

Certains jours il y avait une foule de 7000 nécessiteux...

Lorsqu' un jour un pauvre lui exprima sa reconnaissance, il lui rétorqua : je n'ai pas répandu mon sang pour toi, comme Jésus-Christ mon Sauveur et mon Dieu me l' ordonne ".

Il n' hésitait pas à demander pardon à genoux à ses prêtres pour quelque offense avant le service de l' autel.

Il appelait ses pauvres, " ses maîtres et seigneurs ". Les hospitaliers au Moyen-Age reprirent cette expression à leur compte. L' Ordre religieux et militaire des Hospitaliers de Saint Jean* ( qui devint l' Ordre de Malte par la suite ) se plaça sous son patronage.

Au moment de la prise de Jérusalem par les Perses en 614, il racheta des captifs réduits en esclavage et aida saint Modeste de Jérusalem. L' Eglise d' Alexandrie était prospère, et l' une où les chrétiens étaient les plus nombreux.

 Les paroisses formaient une multitude de territoires. Saint Jean en excellent économe, car c' était le rôle de l' évêque d' administrer l' économie de son diocèse ( aidé d' un archidiacre ), percevait donc des redevances de ses suffragants en argent sonnant et trébuchant...

Réalise-t-on aujourd' hui qu' il disposait pour le bien de ses fidèles d' une FLOTTE  DE COMMERCE qui allait chercher du blé en Sicile, faisait du commerce dans l' Adriatique, et allait jusqu' en Angleterre même !  A son arrivée**, le diocèse possédait 2620 kilogrammes d' or, des terres agricoles, etc...Il put donc fournir à saint Modeste près de 50 kilogrammes d' or, des milliers de sacs de blé, et de légumes secs, mille livres de métal ferreux, un millier d' artisans venus en renfort, etc...Ce qui permit au patriarche de Jérusalem de parer au plus pressé...Avant la razzia des Arabes, 25 ans après.

Saint Jean l' Aumônier fut chassé d' Alexandrie lorsque l' armée perse de Chosroès fit main basse sur l' Egypte et ses richesses quelques années plus tard, et il partit pour Constantinople où il mourut en chemin dans son île natale en 620.

 

Son culte fut répandu par les moines basiliens chassés de l' empire byzantin en Italie du sud ( dans les Pouilles, à Lecce , à Casarano où ont lieu de grandes processions, etc... ) et à Venise. En Occident son culte fut favorisé par les Croisades et les Ordres hospitaliers. Dans les Eglises grecque, russe, etc...il est fêté le 12 novembre.

 

* Au milieu du XIème siècle, des marchands d' Amalfi avaient obtenu du calife l' autorisation de bâtir un hôpital à Jérusalem pour accueillir et soigner les pélerins qui venaient de toute la chrétienté. Ce fut l' hôpital Saint-Jean de Jérusalem. 
D' autres moines desservaient l' église de Sainte-Marie-Latine construite en 1048 ( Aujourd' hui sur l' emplacement de l' église luthérienne du Rédempteur ). Ce furent les futurs Templiers.

Après la conquête de 1099, Godefroy de Bouillon, le bienheureux Gérard, et leurs successeurs encouragèrent l' institution et les frères de Saint-Jean de Jérusalem devinrent moines hospitaliers, en se plaçant cette fois sous le patronage de saint Jean-Baptiste - ce que confirma le pape Pascal II en 1113.

En plus des trois voeux de chasteté, pauvreté et obéissance, ils aujoutèrent le voeu de défendre les Lieux Saints par les armes. Mais ils furent chassés par Saladin le 19 octobre 1191.

Ils s' installèrent à Acre, puis à Chypre ( 1291 ), ensuite à Rhodes ( 1309 ) à chaque fois repoussant les assauts musulmans. Ils s' installèrent enfin en 1530 à Malte, et s' illustrèrent lors de la victoire de Lépante en 1571.  

 

** Lire :   Ewa Wipszycka  ( LA grande spécialiste ! )  " Les ressources et activités financières des Eglises en Egypte du IVème au VIIIème siècle, Bruxelles 1972 ; 

 " Storia della chiesa nella tarda antichità " éd. Mondadori, 2000 

Lien ( en anglais ) : http://www.fordham.edu/halsall/basis/john-almsgiver.html

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22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 14:32

Parfois l' hérésie est issue d' une volonté d' union. Une bonne volonté faussée accepte le dialogue sur des bases plus temporelles que spirituelles.

Ainsi Héraclius cité dans mon article précédent, qui préféra au titre d' empereur celui de basileus, voulut rétablir le dialogue entre les Eglises orthodoxes d' Orient et d' Occident ( latine ) avec les Eglises dissidentes qui rejetaient le Concile de Chalcédoine ( 451 ). N' oublions pas, bien qu' élevé en Afrique romaine où son père fut exarque de Carthage, qu' il était originaire d' Arménie ( dont l' Eglise était empreinte d' ambiguïtés monophysites ) et que son empire temporel était menacé par les Perses et  plus tard par les mahométans arabes. Politiquement il fallait rétablir l' union, galvaniser les énergies et les volontés.

Piero della Francesca, église Saint-François d' Arezzo, bataille d' Héraclius contre Chosroès

 

La discussion s' établit sur la définition de la volonté, de l' énergie divine. Jusque-là Saint Cyrille d' Alexandrie avait parlé " d' énergie vivifiante unifiée " et le Pseudo Denys l' Aéropagite " d' énergie de l' Homme-Dieu ".

   

En 630 quelques temps après sa victoire contre les Perses, Héraclius fit nommer Cyrus patriarche d' Alexandrie ( récemment libérée ) qui réussit à faire accepter aux dissidents monophysites d' Egypte la base du Concile de Chalcédoine ( les deux natures consubstantielles du Christ ) en leur concédant l' unité d' énergie en Jésus-Christ ( c' était la doctrine du monoénergisme ).

 

 

Mais Héraclius ne s' en tint pas là. Rempli d' ardeur grâce à ce succès, Héraclius demanda alors au patriarche Serge de Constantinople ( qui avait vaillament résisté contre les Perses lors de leur assaut contre la capitale en 626 ) d' établir la vérité du MONOTHELITISME ou monothélisme ( du grec= une seule volonté ) en s' appuyant sur les livres patristiques.

 

 Serge qui était favorable au dialogue, fit appel au pape HONORIUS ( 625-638 ) qui de Rome appuyait mollement cette doctrine, sans y adhérer vraiment :  c' est-à-dire deux natures distinctes, l' une divine, l'autre humaine dans le Christ; mais laissant à la PREMIERE  toute volonté. Le Christ n' aurait qu' une seule volonté divine.

     

     Statue d' Héraclius

 

 

 

Mais Saint Sophrone*, successeur et ami de Saint Modeste, patriarche de Jérusalem ( conquise par les Arabes en 637, moyennant un programme de soumission=dhimitude négocié par le patriarche ) s' opposa fermement à ce compromis.

De même le moine Saint Maxime le Confesseur** qui avait fui l' Egypte devant les conquêtes musulmanes en 640, se rendit en Afrique du Nord encore libre  pour combattre ce projet d' union.

 

Le pape Honorius, pour finalement ne pas trop se compromettre, écrivit deux lettres imprécises à Serge de Constantinople définissant une seule énergie s' exerçant DE  DIVERSES  MANIERES ( polytropôs ). Il était trop tard pour lui de s' extirper de ce quiproquo, malgré la défense de Saint Maxime qui avait démasqué la pression des monothélites à l' égard du pape.

Faisant fi du synode organisé par Saint Sophrone à Jérusalem, Héraclius publia à la basilique Sainte-Sophie en 638 un Exposé ( Ekhtesis ) de la doctrine monothélite pour faire obéïr l' Eglise en entier. Ce que refusa le pape Jean IV. 

 

 La mort d' Héraclius ( d' hydropisie ) le 11 février 641 renversa la tendance.

 

Son successeur Constant II ( 641-688 ) fut convaincu par le pape Théodore ( qui avait condamné les thèses d' Honorius ) de faire cesser la controverse. Le pape Théodore fit excommunier le nouveau patriarche Paul de Constantinople qui avait accepté l' Ekhtesis, et Constant II fit publier un édit impérial ordonnant le silence définitif.

 

Allait-on en rester là ?

 

Un pape suivant,  Saint Martin Ier ( 649-653 ), en accord avec Saint Maxime le Confesseur arrivé d' Afrique, ralluma la controverse et en 649 dans son palais du Latran, condamna l' hérésie et les édits impériaux. Il s' agissait de la liberté de l' Eglise.

Saisi par l' empereur, le pape fut accusé de haute trahison et banni en Chersonèse ( aujourd' hui en Crimée ) où il mourut en 655. On voit jusqu' où pouvait aller le pouvoir temporel...Quant à Saint Maxime le Confesseur qui avait refusé de signer l' édit impérial, il fut mutilé et déporté en Colchide ( côte orientale du Pont-Euxin ou Mer Noire aujourd' hui ) où il mourut en 662. 

La sévérité impériale fit cesser les discussions, et les papes succédant à Saint Martin Ier se turent.

 

 

 

 

Ensuite sous le règne de Constantin IV le Barbu, le VIème Concile fut convoqué à Constantinople (III ) en 680 pour trouver une solution. Le pape Agathon ( 678-681 ) confirma les décisions du Latran de 649.

L' évêque Constantin Macaire qui présidait le Concile était favorable au monothélitisme. Les légats du pape rappelèrent la doctrine de Chalcédoine à l' assemblée. Fut donc confirmée la coexistence de deux volontés naturelles, mais inséparables, avec subordination coopérante de la volonté humaine à la volonté divine. Constantin Macaire fut excommunié et l' attitude permissive du pape Honorius condamnée. Depuis lors le doute du " Non falsata more Graecorum " subsiste. Le Concile Vatican Ier a voulu dissiper l' accusation contre Honorius. Selon les historiens, il fut condamné après sa mort comme  prétendument hérétique par sa négligence en quelque sorte...

 

 

Le monothélitisme se maintint dans l' Eglise maronite du Liban qui finit par se rallier à Rome à l' époque des Croisades tout en gardant sa liturgie propre et sa discipline.  

 

 

Cette controverse est intéressante car au-delà de l' aspect théologique, elle montre les limites du pouvoir pontifical par rapport au politique. Un pape politique Honorius n' a pas pu empêcher l' hérésie, un pape plus théologique Saint Martin Ier n' a pu empêcher le pouvoir politique de réduire l' Eglise au silence.

Enfin le pouvoir politique, face aux menaces anti-civilisationnelles ( du point de vue de la chrétienté ), ne peut rassembler à lui-seul les forces spirituelles.

 

Qu' en est-il aujourd' hui ?

 

 

                                           Saint Sophrone de Jérusalem

 

 L' Eglise nous demande de prier cette semaine pour l' unité des chrétiens.

 

* Il est remarquable de noter que lorsque Saint Sophrone fit envoyer un émissaire, Etienne, de Jérusalem à Rome pour prévenir le pape des agissements des monothélites, voici ce qu' il lui dit :

" marche du lever du soleil jusqu' au coucher, jusqu' à ce que tu arrives au Siège Apostolique où se trouve le FONDEMENT  DE  LA  DOCTRINE  ORTHODOXE " . ( orthodoxe=opinion droite)

**Saint Maxime le Confesseur avait bien compris que si Jésus-Christ n' avait qu' une volonté divine, il n' avait pas de volonté humaine, donc la volonté humaine ne pouvait être sauvée. La vie spirituelle consistant à conformer librement la volonté humaine à celle de Dieu, perdrait alors sa signification.

Liens : Saint Sophrone http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5967021.html

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Published by Eric - dans réflexions
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22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 00:52

Aujourd' hui l' Egise fête Saint Vincent, diacre à Sarragosse ( ancienne Augustopole ), martyrisé sous le proconsul Dacien en 304. Patron des vignerons. Fêté par les Eglises orthodoxes le 11 novembre.

 

 

Mémoire de Saint Anastase le Persan ( 22 janvier dans le calendrier grégorien et le calendrier julien, soit le 4 février du calendrier civil des pays orthodoxes ).

Mage zoroastrien du nom de Magoundat et fils de mage, à l' époque du roi de Perse Chosroès II qui mit à sac Jérusalem en mai 614, il fut soldat à Ctésiphon sur la rive gauche du Tigre en Mésopotamie perse ( aujourd' hui en Irak à 35 km au sud de l'actuelle Bagdad ).

Ayant entendu parler de reliques de la Croix qui avaient été prises par le roi des Perses, il s' étonna de la vénération d' un instrument de supplice et s' intéressa au mystère de la Passion du Christ. Il se rendit à Chalcédoine où il cotoya des chrétiens et reçut la grâce de la conversion. Puis il alla à Hiérapolis où un compatriote orfèvre le catéchisa. Il reçut le baptême des mains du patriarche Saint Modeste de Jérusalem et prit le nom d' Anastase ( du grec anastasis=résurrection). Il entra au monastère de Saint-Anastase de Jérusalem où il demeura sept ans.

Ayant lu la vie des martyrs, il  eut un songe un Samedi Saint d' un homme nimbé de lumière qui lui présentait un calice d' or rempli de vin. Saint Anastase comprit que c' était un appel au martyre et se rendit à Césarée de Palestine occupée par les Perses, pour convertir ses compatriotes soldats.

 

Mais il fut arrêté et condamné aux travaux forcés pour reconstruire la forteresse. Puis il fut conduit avec d' autres chrétiens en Assyrie devant le roi à Barsaloé ( ou Bethsaloé, près de Sergiopolis ). Refusant d' abjurer, il fut pendu par un bras, étranglé, et décapité en 628.

L' empereur Héraclius** fit transporter ses reliques, en particulier sa tête,  à Rome en 640 au monastère des Aquae Santae ( 625 ) devenu depuis le monastère Saint-Vincent et Saint-Anastase-aux-Trois-Fontaines.

 

 
A la quatrième session du second CONCILE DE NICEE en 787 qui condamna à nouveau les iconoclastes, les Pères du Concile se firent lire les livres patristiques et les vies des Pères de l' Eglise. Ils reçurent le témoignage des légats du pape à propos des miracles survenus à Rome autour des reliques de Saint Anastase. On leur fit lire les hagiographies, écrites à partir de 630 * de Saint Anastase qui avait été converti par la Croix dont il avait  tant reçu la force.

 

 

 Ceci entre autres témoignages renforça les convictions des Pères qui déclarèrent que : " la doctrine des Pères de l' Eglise nous a corrigés. Nous y avons puisé la vérité. En les suivant nous avons poursuivi le mensonge. Instruits par eux, NOUS SALUONS LES IMAGES. Anathème celui qui ne les honore pas " . 

                                         Patriarche St Modeste de Jérusalem 

 

* Lire : Bernard Flusin : " Saint Anastase le Perse, et l' histoire de la Palestine au début du VIIème siècle " Collection Le Monde Byzantin, CNRS éditions, 1992 .

**Le grand Héraclius, empereur byzantin ( 575-610-641 )  d' origine arménienne qui avait détrôné le funeste Phocas fut victorieux de l'armée perse sassanide à Ninive et aux abords de Ctésiphon. Chosroès, mazdéiste,  avait menacé Constantinople, vaincu Damas et Antioche et pillé Alexandrie en 618. Vaincu par Héraclius, il fut massacré par ses sujets et la Perse sombra dans l' anarchie.

 Les reliques de la Croix furent restituées par Héraclius en procession sur la Via Dolorosa à Saint Modeste de Jérusalem qui mourut en 634 après avoir reconstruit*** les églises détruites par les Perses, en particulier la basilique du Saint-Sépulcre. Malheureusement les controverses du monothélitisme assombrirent la fin du règne d' Héraclius.

Et par malheur pour la chrétienté, les armées arabes devenues récemment  mahométanes ( Mahomet était mort en 632 ) commencent dès 634 à poindre en Palestine.  Jérusalem sera prise en 637...

                             Louvre, bataille d' Héraclius contre Chosroès

*** Chosroès avait fait paraître un édit en 622 pour faire cesser les destructions, les massacres et les déportations de son général gouverneur Romizarès, surnommé le Sanglier royal ( Schah-Rbaraz ).

Lien sur le monothélisme : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5354624.html

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