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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 23:28

  Emilien Kovtch ( Kowcz en polonais ) naquit le 20 août 1884 en Ruthénie qui était intégrée à la province de Galicie orientale appartenant à l' Empire austro-hongrois. Elle faisait partie avant le XVIIIème siècle d' une province polonaise depuis le XIVème siècle.

Il vit le jour à Kosmach près de Kosiv ( aujourd' hui en Ukraine occidentale ) un bourg des montagnes carpathiques.

D' origine ruthène ( de la famille des Ukrainiens ) son père était prêtre de l' Eglise gréco-catholique. Cette Eglise de rite oriental ou byzantin ( comme les Eglises orthodoxes ) s' était réunie à Rome. Il s' agit donc d' une Eglise uniate. Elle permet AVANT leur ordination ( et non pas après ) d' ordonner des hommes mariés comme le font les Eglises séparées de l' orthodoxie qui ont les mêmes rites et traditions.

Emilien ( Omelian en ukrainien ) décida comme son père d' embrasser l' état ecclésiastique et sa vocation fut confirmée après des études de théologie et de philosophie au Collège ukrainien de Rome lorsqu' il fut ordonné en 1911. Il était marié et eut six enfants. Il vécut à Lemberg ( Lwow en polonais, Lvov en russe ).

De 1919 à 1921 il fut chapelain de l' Armée ukrainienne galicienne ( UHA ) qui à l' effondrement des Empires centraux avait pris les armes des dépots autrichiens pour d' abord combattre les Polonais puis après la défaite des Ukrainiens elle se mit à combattre les Bolchéviks ( pendant que le général Denikine de l' Armée russe blanche les combattaient aussi en novembre 1919 ). Les Bolchéviks prirent la région de Lwow, qui fut ensuite libérée par la Pologne, et prirent Kiev à l' Est .

Le bienheureux Emilien Kovtch ne s' engagea uniquement que lorsque l' UHA combattit contre les Soviétiques qu' il fallait repousser de Kiev, et non plus contre les Polonais qui avaient fini par les soutenir contre le nouvel ennemi commun. Elle fut encadrée par d' anciens officiers allemands et autrichiens ou des Russo-Ukrainiens de l' ancienne armée impériale, comme le colonel Mikhail Omélianovitch-Pavlenko, tandis que la troupe était ukrainienne ainsi que les officiers subalternes. D' anciens ennemis se battaient ensemble contre un nouvel ennemi...( Une partie de l' Armée s' enrôlera ensuite sous la bannière de l' Armée Rouge...)

Il accompagna avec sa famille en 1920 son unité en exil en Yougoslavie ( dans la province de Bosnie-Herzégovine ) et avait charge d' âme des émigrés ukrainiens dont beaucoup étaient d' anciens soldats qui avaient refusé de rentrer en Russie bolchévique ( qui allait devenir quelques années plus tard l' URSS ) et d' autres avaient fui comme civils ou émigré pour des raisons économiques. Pendant tout le XIXème siècle la Galicie, pauvre,  fut une terre d' émigration.

 

En 1922 il rentra dans sa région natale non loin de Stanislawow qui sera administrée par la Pologne jusqu' en 1939. Du temps des Autrichiens elle s' appelait Stanislau ( Stanislaviv en Ukrainien ) de 1772 à 1918, puis elle fut nommée Ivano-Frankovsk par les Soviétiques en 1962 d' après l' écrivain Ivan Franko et enfin Ivano-Frankisk depuis l' indépendance de l' Ukraine aujourd' hui...

                                             L' église Saint-Nicolas aujourd' hui

 

Il s' établit dans la petite ville-5 000 habitants- de Przemyslany ( ou en ukrainien prononcer Peremychlany ) où il avait organisé un orphelinat pour les nombreux enfants de différentes origines dans ces temps troublés ( guerre mondiale entre Russes et Autrichiens; puis guerre des Polonais contre les Bolchéviques, guerre des Ukrainiens contre les Bolchéviques et tensions ethniques entre les Ukrainiens ruthènes majoritaires et les Polonais minoritaires ). Ils les élevaient avec ses propres enfants.

La ville faisait partie de la province ( Voïvodie ) de Tarnopol à l' extrême sud-est de la Pologne et jouxtait les régions de Lwow et de Stanislawow à l' Ouest, la Volhynie polonaise au Nord, l' URSS à l' Est et la Roumanie carpathique au Sud au-delà du Dniestr. La province comprenait 60% de Gréco-Catholiques ( Ruthènes ) et 32% de Catholiques latins ( majoritairement polonais et quelques villages allemands ) et 5% de Juifs ( dans les villes ) et des Protestants sur environ 1 million 1/2 d' habitants. Certains villages paysans étaient peuplés d' habitants descendants de colons germanophones majoritairement protestants qui étaient restés après 1918.

45% des habitants déclaraient en 1931 avoir le polonais comme première langue. Elle accueillit de nombreux polonais qui à l' aube de la seconde guerre mondiale furent à égalité en nombre avec les Ruthènes. Les Polonais pratiquaient la polonisation des cadres de la province et imposaient une politique linguistique discriminatoire.

Cette région avait été autrefois un rempart contre les invasions tatares et turques.

 Il était secourable envers les pauvres de sa paroisse ( Saint-Nicolas ) et animait des oeuvres pour la jeunesse ukrainienne. Il établit des coopératives. Il faisaient participer ses paroissiens à des congrès eucharistiques. Il finit par entretenir de bons rapports avec les Catholiques polonais, ayant par son passé d' étudiant romain cotoyé nombre de séminaristes polonais à Rome, mais défendit toujours les droits religieux et linguistiques des Ruthènes, menacés par la polonisation.

 La guerre était heureusement finie et il fallait reconstruire, en priant pour le sort des frères ukrainiens plus à l' Est sous le joug soviétique...L' exarchat gréco-catholique de Lwow avait été auparavant visité par Mgr Ratti ( futur Pie XI ), nonce en Pologne jusqu' en 1921, qui avait tenté de faire nommer des évêques et mettre en place des structures pour ramener la paix entre les communautés.

 

Sa vie de curé de paroisse aurait pu se poursuivre paisiblement si la guerre encore une fois n' avait frappé son pays. Les armées d' Hitler anéantirent rapidement la Pologne à l' Ouest et les Soviétiques envahirent, comme il était convenu selon les accords secrets Ribbentropp-Molotov, l' Est du pays. Tarnopol tomba sans presque aucune résistance le 17 septembre 1939 et Stanislawow le 18. Il devint veuf peu après.

Des mesures vexatoires frappèrent tout de suite les Chrétiens; surtout les Uniates, et des Polonais furent déportés, tandis que les Ukrainiens étaient soumis à une intense propagande bolchévique. Lui-même fut emprisonné quelques temps au début de 1941 et lorsque les Allemands bombardèrent la région, les soldats soviétiques menacèrent de tuer ses filles.

Il fut libéré lorsque les Allemands à l' été 1941 chassèrent l' Armée rouge et intégrèrent la région au Gouvernement Général de Varsovie. Les Allemands enrôlaient des Ukrainiens qui avaient à se venger des Polonais et des Rouges. A nouveau la région était en proie aux luttes fratricides. Mais lorsqu' en 1942 fut créé un ghetto de Juifs dans la petite ville ( elle avait une  modeste synagogue ) dont un certain nombre était arrrivé de l' Ouest sous la période soviétique, le Père Kovtch mit toute son énergie pour tenter de sauver ces populations de la déportation. Déjà à l'été 1942 le ghetto de Tarnopol avait été exterminé.Il fit donc de faux certificats de baptêmes et fit parvenir des subsides clandestinement.

                                                      SS à Tarnopol

En septembre 1942 plus de 2 000 Juifs de la région  furent déportés à Belzec. Il ne pouvait plus tenir tête longtemps aux autorités et le 30 décembre 1942 sous l' accusation de l' administration de faux certificats de baptêmes il fut déporté au camp de Majdanek près de Lublin où il mourut d' une thrombose le 25 mars 1944. Son corps fut brûlé. Le Conseil juif d' Ukraine le déclara juste en 1999.

Il avait écrit du camp à ses enfants : " hier cinquante prisonniers ont été fusillés. Si je n' avais été là pour les aider à endurer ce moment pénible, que pourrai-je demander de plus au Seigneur ? Ne vous inquiétez pas de moi, mais réjouissez-vous avec moi ! "

 

Il fut béatifié par Jean-Paul II avec d' autres Ukrainiens le 22 juin 2001.

 

Link in English : http://www.baran.ca

 

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Published by Eric - dans Saints
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