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21 décembre 2006 4 21 /12 /décembre /2006 09:23

Martin Mosebach est un écrivain allemand né en 1951 à Francfort dont je viens de terminer la lecture d' un livre paru en 2002 en Allemagne " Häresie der Formlosigkeit : die römische Liturgie und ihr Feind ". En français : " la liturgie et son ennemie, l' hérésie de l' informe ". Publié aux éditions Hora Decima en 2005.

 

Dans les pays de langue germanique Mosebach est un écrivain reconnu qui a publié de nombreux romans, des scénarios de film et même des livrets d' opéra. Il a reçu le prix de la Fondation Jürgen Ponto en 1980, le prix Heimito von Doderer en 1999, le prix Heinrich von Kleist en 2002 et le prix de littérature suisse Spycher en 2003.

 

Rien ne le prédisposait à écrire sur la liturgie et la crise qualifiée par lui d' iconoclaste des quarante dernières années du catholicisme. Comme il le dit dans ses premières lignes : " Je ne suis ni converti ni prosélyte " . Ses racines religieuses sont fragiles, mais la rencontre avec l' ancien rite latin qu' il avait connu dans son enfance, lui écrivain distingué par les milieux artistiques et intellectuels de son époque et absolument pas confiné aux sacristies, a été le début d' un long approfondissement personnel sur le message de la liturgie. Et je me dis que cela a dû aussi bouleverser sa vie, même s' il ne le mentionne pas...

Que l' on adhère ou non à ses réflexions, son livre ne peut manquer d' interroger le lecteur sur un fait  unique au sein d' une religion : l' interdiction d' un rite plus que millénaire pour en créer un autre sans passer par la case réforme...Auparavant on quittait son Eglise d' origine pour créer ou suivre une autre religion, ou bien les hommes d' Eglise ( les papes ) réformaient par petites touches le rite pour mieux signifier le fond de la foi transmise. C' est-à-dire sa réalité. Mais depuis quarante ans l' informe en perpétuelle fascination masochiste de soi vient brouiller la réalité d' un corps offert.

 

 

Je ne vais pas revenir sur un débat qui agite les communautés catholiques et qui n' est pas près d' être tranché à mon avis !

 

 

Mais j' ai aimé les comparaisons qu' il établit avec les premiers chrétiens qui se réunissaient en secret à cause des persécutions romaines et le rite latin ancien dont le Canon romain est encore plus ancien que les rites fidèlement transmis jusqu' à aujourd' hui des Eglises orientales. Ces premiers textes et ces premiers gestes viennent directement de l' époque apostolique et étaient lus ou produits EN SECRET. C' est pour cela que la notion de mystère et de secret est essentielle pour Mosebach car depuis l' effondrement des pratiques liturgiques catholiques la redécouverte du rite latin comme source directe de l' origine de la Foi est proche des conditions dans lesquelles il a été établi...L' interruption d' une vie liturgique qui s' est déployée depuis l' origine du christianisme représente pour lui un acte tyrannique lui-même porteur d' une violence inouïe qui n' a pas fini de s' exercer contre la Foi elle-même.

 

Qu' on en juge : d' après un sondage récent ( paru dans la Vie ) 27% des Français par exemple affirment que Jésus est Fils de Dieu. Je ne sais pas si les réponses étaient exclusives, car il y avait aussi d' autres réponses: c'est un guide, un prophète, un grand homme, etc...et je parie que répondre Jésus est un guide ( sous entendu un guide pour moi dans ma vie ) n' exclut pas forcément la première réponse, malgré les cris de joie des athées ou des laïcistes - comme l' émission de ce matin sur France-Culture, avec entre autres le rédacteur en chef du Monde des religions un spiritualiste très hostile à l' institution catholique, où l' on commentait ce sondage- le christianisme n' est pas mort...

Je suis étonné par les moyens énormes qui sont mis à la disposition des Eglises évangéliques qui recrutent à foison et sont les seules à part quelques exceptions à concurrencer la fulgurante expansion musulmane ou à apporter une réponse à l' individualisme déshumanisant contemporain.

 

 

 

Et pendant ce temps-là un livre en secret, en catimini vient rappeler des évidences que le rite chrétien à l' origine ( malgré la piètre théâtralisation actuelle ) c' est de toucher, d' honorer, presque à la manière d' un Saint Thomas, un corps, celui du Christ...

La liturgie c'est un acte d' amour à ce corps, un acte d' amour de ce corps qui se donne en sacrifice et une adhésion à ce déploiement de signes de la présence mystique du Christ. Ce n' est en aucun cas " l' expression d' une assemblée ".

La réalité de l' acte sacrificiel divin voilà ce qui importe à Mosebach, mais il réalise que cette liturgie a été irrévocablement réduite à quelques conservatoires...Il n' y a pas " le moindre droit à l' espoir, qu' il soit politique, historique ou sociologique. Qui reste fidèle au rite sacrificiel quinze fois centenaire de la messe est comme un oiseau qui plane dans le vide. Ce rite est abandonné par une hiérarchie qui a été créée pour sa protection "(p 54). Mais il écrit aussi que cela ne le gêne pas d'être classé parmi les dinosaures et les arriérés.  

 

 

Ce n'est pas la doctrine, mais la PERSONNE de l' Homme-Dieu (p 76) qui se montre dans un rite, et la Foi ne peut vivre qu' avec la présence physique de cet Homme-Dieu...C' est ce qu' avaient compris les premiers apôtres. Ce n' était pas une question de doctrine mais d' abord de présence.

Comme c' est simple et finalement d' une beauté inexprimable !  Nous avons un Dieu que d' une certaine manière nous pouvons toucher, voir pendant la messe, alors que tant d' autres n' en ont qu' un souvenir dans leurs  " assemblées "...

 

Je passe sur le chapitre sur l' iconoclasme moderne (arracher les images des coeurs ) qui est remarquable, et sur les phrases de Mosebach d' une simplicité lapidaire : " C'est parce que le Christ désirait l' actualisation de son sacrifice qu' il le coula dans la forme de l' art liturgique " (p128). Mais ce qui est le plus nouveau pour moi dans ce livre c' est toute la fin du livre sur le dévoilement par l' envoilement qui fait écho à des mystiques et des systèmes de pensée très profonds et au bout du compte très parlants ! Je n' en dirai pas plus ...

Bref quelle que soit son opinion sur la crise dramatique de l' Eglise, c' est un livre à lire !

cf lien : http://ut-pupillam-oculi.over-blog.com/article-5307877.html

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Published by Eric - dans Lectures
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