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  • : le blog ut-pupillam-oculi par : Eric
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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 21:15
Théodore Wibaux naquit à Roubaix, le 13 février 1849, dans une famille de treize enfants. Son père était directeur d' une filature. Son éducation fut pieuse. Les enfants étaient réunis tous les soirs pour la prière, dans le vestibule devant la statue de Notre Dame, appelée par eux la Vierge de l' escalier.
Il fit ses études dans un institut de Roubaix, puis comme interne à Marcq. Il devint membre de la Conférence de Saint-Vincent de Paul et s' occupa d' un patronage, le dimanche en fin d' après-midi.
En 1865, le gouvernement de Napoléon III  décida de retirer ses troupes des Etats pontificaux, cédant aux instances du royaume du Piémont qui voulait unifier l' Italie. Il ne resta plus qu' à Pie IX à faire appel aux Zouaves et aux troupes volontaires venant de France, de Belgique, de Hollande et d' autres pays. Le Pape ne voulait être démis de ses Etats comme un fait accompli.
Théodore se sentit appelé au combat ; mais son père, d' abord inquiet puis fier de la résolution de son fils, lui demanda d' attendre encore un an, afin de se préparer moralement et physiquement.  
Théodore écrivit à Louis Veuillot qui lui répondit dans une lettre enthousiaste :

" Saint Pierre n' a pas maintenant besoin de soldats. C' est nous qui avons besoin de lui en offrir, qui devons désirer que notre sang coule pour racheter l' abominable défection de la France (...). Le terrible écroulement qui se prépare à Rome pour le châtiment du monde sera-t-il honoré du dernier combat ? Aurons-nous un second Castelfidardo qui nous ménagerait une rançon future ? 
Je n' ose l' espérer. Nous avons affaire à des sages qui redoutent de jeter les fondements de leur édifice dans le sang des martyrs et qui aiment mieux construire avec la boue des apostasies. Ils se sentent assez forts pour atteindre leur but, et peut-être avons-nous assez péché pour que Dieu ne nous permette plus le glorieux rachat du sang.          
Je ne peux donc vous donner un avis décidé ; néanmoins, je penche pour que vous alliez vous offrir. C' est quelque chose d' avoir fait acte de bonne volonté. Une bénédiction rayonnera sur toute votre vie...
Je me recommande à vos prières.
Louis Veuillot. "

Théodore Wibaux entra dans Rome le 8 décembre 1866, jour de l'Immaculée Conception. Une trentaine de volontaires français, belges, hollandais et allemands l' accompagnaient.
A la caserne, il fit ses armes et fut vite apprécié de ses camarades par sa simplicité et sa candeur. Il fit sa première expédition, le 15 mai 1867, à Corneto, contre une quarantaine de garibaldiens qui voulaient franchir la frontière à coup de carabines. Ils furent mis en fuite, sains et saufs...


Malheureusement à l' été, le choléra frappa la région d' Allbano. Théodore ne fut pas le dernier à soigner les malades et à réconforter les mourants. A 18 ans, lui qui n' avait jamais vu souffrir, il fit son devoir.

La tactique des garibaldiens était de multiplier les attentats dans les campagnes, afin de masser les troupes pontificales aux frontières et de faire ainsi le vide à Rome, pour pouvoir d' emparer par la suite de la Ville Eternelle. Les batailles se succédaient dans la province de Viterbe.
Resté à Rome, dans la garnison, Théodore est aux premières loges, lorsque le 22 octobre la révolte éclate. La caserne Serristori, minée par les Piémontais, explose, provoquant la mort d' une vingtaine de personnes.
En même temps, Garibaldi s' est emparé de Monte Rotondo défendu par 300 zouaves. Théodore avec une quinzaine d' hommes s' occupe de la défense d' un bastion, près de la porte Saint-Pancrace. Il ' a pas d' artillerie...

Le 30 octobre 1867, les Français, si longtemps attendus, font leur entrée dans Rome. Sur le champ, Garibaldi riposte à Mentana.
Le 2 novembre, une colonne de 5000 hommes, des zouaves, des carabiniers suisses, des légionnaires, sous le commandement du général de Polhès, se dirige vers Mentana. La bataille sera affreuse. Les garibaldiens sont mis en déroute. L' action du lieutenant-colonel de Charette fut décisive.
De retour à Rome, le 6 novembre, les troupes pontificales furent accueillies en triomphe.

Théodore Wibaux eut l' honneur d' une audience particulière de Pie IX, le 3 janvier 1868. Elle dura un quart d' heure, pendant laquelle il reçut la bénédiction pour sa famille et la décoration de chevalier de l' Immaculée-Conception. Il reçut aussi le titre de citoyen romain...
Au bout de deux années d' engagement, un permission de quelques jours lui fut accordée pour se rendre à nouveau dans sa famille. Mais les événements à son retour allaient se précipiter.
En juillet 1870, la guerre entre la France et la Prusse fit rappeler les dernières troupes françaises de Rome. En septembre, 70 000 Piémontais envahirent Rome. Les zouaves rentrèrent en France à bord de l' Orénoque, laissant le Pape prisonnier de ses murs du Vatican dans une nouvelle Italie...

Le bataillon de Théodore se rendit à pied à Châteaudun où ils arriva le 11 novembre. Il fut incorporé, en tant que sergent-major, dans le corps des Volontaires de l' Ouest. Il prit part aux combats de Brou contre les Prussiens, sous les ordres du général de Sonis ; puis à la bataille de Patay, où le général et les zouaves devaient s' immortaliser sous les plis de la bannière du Sacré-Coeur. Beaucoup de Français furent tués, ainsi qu' à la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870.
" Il n' y a plus qu' à invoquer la religion à son secours et à se jeter à corps perdu dans les bras de la Providence : c' est ainsi que la Foi console et fortifie ;  c' est elle qui fait de la douleur un sujet d' invincible espérance. " écrit-il à ses parents.

Aux premiers jours de 1871, Charette fut nommé général de brigade et Théodore sous-lieutenant. Le 13 août, les trois bataillons dont se composaient les Volontaires de l' Ouest assistaient pour une dernière fois à la messe militaire de l' aumônier en chef. Après la messe, ils se transfomèrent en carrés, et le général de Charette annonça le licenciement officiel du régiment. Les zouaves n' existaient plus ! Quelques jours plus tard, ce fut la république...

Théodore Wibaux, sur le conseil d' un cousin jésuite, fit une retraite dans le collège de la Compagnie à Saint-Acheul à Amiens : " Je ne voudrais pas sortir d' ici avec le désespoir dans l' âme, j' y voudrais rester ; mais je ne me sens pas digne. " Il faiblit toutefois à l' idée de quitter le monde; il veut entrer dans les troupes d' Afrique. La crise dura peu de temps. Ce que Théodore avait été aux zouaves, il le fut au noviciat des Jésuites.
Ensuite il fut envoyé à Boulogne, comme professeur au collège Notre-Dame. Avec 35 enfants de 11 ans, il développa une émulation incroyable. Le Père Wibaux menait ses élèves comme sur un champ de bataille et ils se prêtaient avec ardeur à ce jeu ! Il suivit ses élèves jusqu' à la classe de troisième. La joie fut bien grande lorsqu' un jour arriva de la part de Pie IX une magnifique gravure adressée à l' ancien zouave avec une bénédiction spéciale pour ses élèves et toute une phrase écrite de la main du Pontife.

En 1880, les lois de la IIIème république dispersèrent les Jésuites qui durent s' exiler à Jersey...
Le Père Wibaux fut alors un ardent zélateur de la consécration des familles au Sacré Coeur, dans les pages du " Messager du Sacré-Coeur ".
Lorsqu' il atteint ses 33 ans, il dit à son supérieur : " Je mourrai cette année ! "
A la fin du mois de mai se déclara une maladie d' entrailles, et le 10 juin1882 le sacrifice était consommé...

Dans son testament, il avait déclaré : " Je fais le sacrifice de ma vie au Sacré Coeur, je l' offre pour la France, l' Eglise, la Compagnie, la canonisation de Pie IX ( aujourd' hui bienheureux... ), le régiment, Charette, le Pape régnant ( Léon XIII ) et pour tous les miens. " 


D' après un récit de Louis Dumoulin, paru en 1902 in Les Contemporains.
Bibliographie :
R.P. du Coëtlosquet, Théodore Wibaux, Zouave pontifical et Jésuite.
R. Billard des Portes, Histoire des zouaves pontificaux.

Le Père Wibaux est un exemple parmi d' autres de tant de vocations du XIXème siècle empreintes de sacrifice et d' amour de la Patrie. Je ne sais pas si son souvenir est encore conservé. S' il n' est pas déclaré officiellement saint, puisse néanmoins sa mémoire aider les âmes hésitantes devant les choix d' aujourd' hui !

Lien :
http://www.loire1870.fr/volontaire2.htm
Illustration : le colonel de Charette sous la bannière du Sacré Coeur, à côté de Jeanne d' Arc ( vitrail de l' église de La Guerche, Ille-et-Vilaine )
En haut : Zouaves pontificaux à Rocca di Papa, 1868.

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