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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 21:19

Parfois, une vie s' éclaire lorsqu' elle arrive à son terme, et toute une vocation peut enfin se lire dans la lumière.
C' est le cas pour le bienheureux Anicet de Varsovie, Capucin, qui sinon serait certainement resté inconnu.

Adalbert Koplin naquit dans une modeste famille prussienne à Friedland* en Prusse occidentale, le dernier de douze enfants, le 30 juillet 1875.

La ville majoritairement allemande, et devenue protestante à la Réforme, se situait près de villages où demeuraient des paysans catholiques d' origine polonaise. Ceux-ci côtoyaient dans leurs églises des Prussiens minoritaires qui étaient demeurés catholiques, où d' autres Allemands qui venaient de provinces de l' Empire plus occidentales, ou plus méridionales restées catholiques. La langue latine unissait les deux communautés dans leurs cérémonies. La majorité de la Prusse occidentale était en effet fortement protestante et germanique. Adalbert prit donc conscience que son origine catholique, pour lui qui était né Prussien, le rapprochait de la communauté des Polonais, minoritaires eux-aussi.

Le 23 novembre 1893, il entra au Couvent des Capucins à Sigolsheim en Alsace. En effet la politique anti-catholique du Kulturkampf du Chancelier Bismarck avait interdit leurs monastères dans toute la Prusse, mais permettait à certaines régions catholiques de garder les leurs. Ainsi en Alsace ( devenue française sous Louis XIV, et allemande en 1870 ), Sigolsheim fut un asile sûr et rayonnant, pour de nombreuses vocations venues de tout l' Empire prussien.

1944---Sigolsheim.jpg Le Couvent des Capucins de Sigolsheim, détruit par les bombardements américains en décembre 1944.

Le Couvent de l' Oberhof à Sigolsheim fut installé en 1888, sur l' emplacement d' un ancien pensionnat, et devint un noviciat important pour les Capucins de langue allemande.

Le Frère Anicet - tel était son nom de religion - fut ordonné prêtre en 1900. Il put alors poursuivre un ministère de prédication et assumer des charges pastorales auprès des ouvriers d' origine polonaise qui travaillaient pour les grandes industries de la Ruhr. Il avait pu améliorer sa pratique de la langue polonaise -car il parlait allemand ou un dialecte germano-prussien, afin de répondre aux besoins des ouvriers. Besoin spirituels, certes, mais aussi besoins d' assistance. Sa naissance dans une famille ouvrière le rapprochait d' eux, ainsi que son amour de la culture polonaise. Mais il ne reniait pas pour autant qu' il était un sujet prussien et Allemand de naissance...Le bienheureux Anicet écrivit des pages de poèmes et d' odes qui aujourd' hui seraient considérées comme embarrasantes, car elles manifestent un esprit ardemment pro-prussien. Il défendit le Kaiser et l' entrée en guerre de l' Allemagne en 1914. Il était patriote...

anicet-koplin.JPG

Le tournant de sa vie fut donc l' appel en 1918 qu' il reçut de ses supérieurs à Krefeld, dans la Ruhr, où il demeurait, de se rendre en Pologne. Celle-ci, occupée par les Austro-Allemands, allait bientôt devenir indépendante.

Il lui fut demandé de participer à la réorganisation du Couvent des Capucins de Varsovie. Varsovie, occupée depuis 1915 par les Austro-Allemands, avait été administrée par l' Empire russe pendant le XIXème siècle. Elle allait devenir la capitale d' un pays neuf. Lui-même avait 43 ans.

Pays neuf, certainement, mais qui sera profondément blessé : blessé par les guerres contre ses voisins ( la nouvelle Lithuanie, l' Ukraine sous l' emprise allemande puis bolchévique, la nouvelle Tchécoslovaquie, et enfin l' URSS...), et blessé par la situation économique. Coupé de régions industrielles ou minières ( la Silésie ), coupé des axes qui privilégiaient les routes vers les capitales des Empires, le pays devait faire face à la crise de l' après-guerre, la dévaluation, la disette agricole, le chômage. Il n' était pas étonnant que de nombreux Polonais émigrèrent - comme ils l' avaient fait au XIXème siècle-  vers l' Amérique, ou l' Europe occidentale...

drapeaux-rouges-pris-par-polonais.jpg

Drapeaux  de l' Armée Rouge, pris par des soldats polonais, lors de la bataille de Varsovie ( 1920 ).


Il fut connu comme le saint François de Varsovie, par les familles à qui il apportait un soutien spirituel et matériel...En effet, il organisait des quêtes et des redistributions de produits alimentaires aux chômeurs, en particulier, et aux pauvres, en général. Il était infatigable...Il rappelait, pour ceux qui lui demandaient de se ménager, que, dans sa jeunesse, il avait pour habitude de pratiquer la gymnastique au Couvent et en particulier de soulever des poids, au moment de faire ses prières...Il soulevait les bancs et le mobilier important du Couvent. On raconte qu' un jour il souleva un policier de Varsovie trop violent, par la ceinture, pour le ramener à des sentiments plus doux...Celui-ci devint un pénitent du Père Anicet...

Quand le Père Anicet n' était pas en tournée pour ses pauvres, il se tenait des heures entières au confessionnal de l' église des Capucins de Varsovie. Il préférait ce ministère à celui de la prédication, car il ne maîtrisait pas assez bien la langue polonaise pour de longs prêches...

Aux prêtres qui venaient se confesser, il leur donnait des admonestations courtes, mais efficaces EN  LATIN...Il fut le confesseur de Mgr Gall et de Mgr Gawlina, ainsi que du Cardinal Kakowski et du nonce apostolique en Pologne Mgr Ratti, le futur Pape Pie XI  !  On se souvient qu' il donna pour pénitence au Cardinal Kakowski de porter lui-même du charbon à une famille pauvre  ! Il demandait aux pauvres de prier pour les riches, et à ceux-ci de les aider et de prier pour eux. Se pressaient à son confessionnal aussi bien des officiers supérieurs que de pauvres veuves, des paysans venus à la ville, ou des intellectuels...

Lorsqu' un pauvre mourait sans famille, il payait lui-même ses funérailles, et l' accompagnait jusqu' à la tombe.

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Le Père Anicet ne cachait pas qu' il était de nationalité allemande, mais lorque son pays se laissa séduire par Hitler, il comprit très vite le néo-paganisme de ce régime et son esprit fondamentalement anti-chrétien.

Il entrait dans de violentes discussions, frappant le poing sur la table, pour convaincre ses interlocuteurs de l' inspiration démoniaque du nazisme. Finalement, à la montée des périls, lorsqu' il devint évident que l' Europe allait entrer en guerre, il prit, par solidarité avec ses Frères du Couvent et ses pénitents, le nom de Koplinski, afin de se rendre plus encore Polonais de coeur.

Pendant la première semaine de l' occupation hitlérienne de Varsovie, il ne sortit pas de son couvent, puis il fut, grâce à sa langue natale l' allemand, un intermédiaire avec l' ambassade allemande. Il obtint d' eux des vivres qu' il put redistribuer aux pauvres et aux réfugiés.
Le Capucin prussien devenu Polonais parcourait la ville, obtenait des passe-droits pour faire sortir de la région des suspects, et en particulier un certain nombre de Juifs...Mais finalement la Gestapo s' intéressa de plus près à ce Père Capucin. Le jour de l' Ascension 1941, il subit son premier interrogatoire.
Il fut finalement arrêté dans le courant du mois de juin avec vingt autres Capucins de son couvent, et emprisonné dans la sinistre prison de Pawiak pour activités anti-nazies, et subversion envers le nouveau régime.
On lui tondit entièrement le crâne et la barbe, et on le fit revêtir l' uniforme des prisonniers. Il ne put conserver que son bréviaire. Par la suite il subit, ainsi que ses confrères, de nombreuses heures de tortures, pour lui faire avouer des activités clandestines supposées...

anicet-koplinski-auschwitz.JPG

" Je suis prêtre, et j' exerce mon ministère là où se trouvent des hommes : qu' ils soient Juifs ou Polonais, et encore plus s' ils sont pauvres et souffrants. "
Le 3 septembre, ils firent tous déportés en wagons à bestiaux vers Auschwitz. Agé de 66 ans, le Père Anicet fut d' emblée destiné au bloc des invalides, ce qui signifiait une mort prochaine. Selon le témoignage du Père Archange qui survécut, il passa les cinq semaines qu' il lui restait à vivre, dans le silence et la prière. Subissant les coups des kapos, il prononça un jour ces mots : " Nous devons boire le Calice, jusqu' à la lie. "
Il fut envoyé au four crématoire le 16 octobre 1941.

Il fut béatifié le 13 juin 1999, lui qui était Allemand, avec des centaines de ses Frères de coeur polonais, eux  qui eurent à souffrir le martyre de la part de ceux de ses frères de sang qui s' étaient laissés séduire par un pouvoir démoniaque.





* Aujourd' hui Drzebno en Pologne.)nti_bug_fck

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commentaires

Sœur marie-catherine 15/06/2008 14:31

Bonjour,heureuse de trouver une biographie du Père Anicet, je vous signale le site des Clarisses Capucines de Sigolsheim, qui ont pris la succession des capucins  à l'Oberhof, après la guerre… et en gardent le souvenir dans la prière ! Avec un grand sourire          Le monasTère dans les Vignes

Eric 17/06/2008 13:33


Je vous remercie d' être venue sur mon site. Je vous souhaite beaucoup de joie sous la protection de sainte Claire et du Père Anicet !