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  • : le blog ut-pupillam-oculi par : Eric
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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 20:07
Julie Ledochowska naquit à Loosdorf près de Sankt Poelten en Autriche le lundi de Pâques 17 avril 1865 dans une famille nombreuse - dix enfants - de la grande noblesse polonaise. 
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Elle naquit dans la propriété que son grand-père le comte Ignace-Hilaire** Ledochowski ( prononcer Ledoukhovski, kh comme la jota espagnole ou le ch dur allemand ), que son opposition au tzar contraint à l' exil en 1843, avait acquise. Son père était le comte Antoine-Auguste Ledochowski, et sa mère, la deuxième épouse de celui-ci après son veuvage,  Joséphine von Salis-Zizers. Les garçons furent éduqués dans les meilleurs établissements de Vienne. Son milieu était donc celui de la noblesse exilée, à la fois cosmopolite ( on parlait le français comme tous les cercles aristocratiques européens d' alors, et bien sûr l' allemand de Vienne, en plus du polonais. Les soeurs avaient des gouvernantes anglaises ), et patriote. On rendait visite aux grandes familles dans leurs propriétés des environs : celle du comte von Falkenhayn à Walpersdorf, des Hammerstein à Sitzenthal, du baron Tinti au château de Schallaburg ou des Auersperg au château d' Albrechtsberg...
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                          Julie, Wladimir; leur mère et Marie-Thérèse    

La Rome de Pie IX, qui se considérait aussi comme un exilé - mais un exilé de l' intérieur depuis la perte de ses Etats, en était la capitale spirituelle. Le comte et la comtesse Ledochowski élevaient leurs enfants dans la Foi et assistaient quotidiennement à la messe. Souvent les abbés de l' abbaye de Melk venaient à la propriété.


Cette famille était  " bénie de Dieu " puisque sa soeur Marie-Thérèse ( 1863-1922 ), missionnaire en Afrique, fut béatifiée et que son frère Wladimir Ledochowski ( 1868-1942 )  fut le célèbre Préposé général des Jésuites de la première moitié du XXème siècle ( de 1915 à sa mort ). 
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La famille de par son histoire était donc patriote et le demeurait : par exemple son jeune frère Ignace ( 1871-1945 ), après avoir rempli son devoir de sujet autrichien en combattant valeureusement comme officier de l' armée austro-hongroise sur le front italien, devint le célèbre général compagnon d' armes du maréchal Pilsudski, qu' il connut en combattant les Bolchéviques en novembre 1918. Il fut, entre autres décorations, décoré de la Légion d' Honneur. Il mourut dans un camp de concentration à Dora-Mittelbau. Il fut surnommé le " saint général ".


Leur oncle fut le non moins célèbre cardinal Mieczyslaw ( Miecislas ) Ledochowski ( 1822-1902 ), nonce pontifical, puis primat de Pologne, et enfin préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande de la Foi. Le cardinal Ledochowski fut emprisonné par la Prusse - qui administrait la partie de la Pologne où le primat avait son siège - pour s' être opposé à la politique anti-catholique et linguistique du Kulturkampf de Bismarck à partir de 1873. Il dut démisionner de son siège épiscopal  de Gnesen-Posen ( Gniezno-Poznan ) et s' exiler à Rome*.

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Il avait été nommé cardinal alors qu' il était emprisonné. Il fut accueilli par le Pape.
Le Siège de Saint-Pierre fut donc toujours dans la famille Ledochowski le point d' ancrage de leur histoire.


Patriotisme et catholicisme furent indissolublement liés dans l' éducation de la jeune fille.



Julie Ledochowska fut éduquée à Sankt Pölten et dans la propriété familiale, près de Cracovie ( qui appartenait alors à l' Empire austro-hongrois ), à partir de 1883. La situation de son père avait, après un krach bancaire en 1873, sérieusement empiré et  Julie eut donc de quoi méditer sur la vanité des biens terrestres. 
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            la maison des Lechodowski à Lipnica Murowana en Galicie

A 21 ans, elle entra au couvent des Ursulines de Cracovie, et prononça ses voeux en 1889 sous le nom d' Ursule de Jésus. Elle fut une éducatrice attentive, et forma les jeunes filles au sein de la Société des Filles de Marie. De 1904 à 1907, Mère Ursule Ledochowska fut supérieure du couvent et du pensionnat. Elle fonda une pension pour les jeunes filles qui, fait nouveau à l' époque, suivaient des cours à l' Université - mixte -  Jagellon de Cracovie. Elle avait le don de diriger avec ordre, avec justice et avec pragmatisme. Comme ses frères officiers, comme son grand-père et son oncle, elle avait le don de la direction. 
Il n' y a pas de justice permettant à la charité de s' épanouir, s' il n' y a de direction juste. Le charisme de direction qu' elle a reçu de par son éducation, de son milieu et  de sa naissance allait se mettre au service de l' Eglise ; et s' épanouir dans son époque, avec sa contingence et ses vicissitudes.

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Reçue par le Pape saint Pie X en 1907, il approuva son projet de se rendre en Russie : " prenez des robes roses si vous voulez, mais allez en Russie. "



 En 1909 elle dirigea l' école de jeunes filles de la paroisse catholique Sainte-Catherine sur la célèbre perspective Nevski à Saint-Pétersbourg. L' Empire russe, comme l' Empire austro-hongrois et l' Empire allemand, se partageait les territoires polonais, mais la formation intellectuelle des Catholiques étaient plus poussée en Pologne autrichienne ou allemande. Le séminaire et l' académie de théologie de Saint-Pétersbourg qui accueillaient de nombreux prêtres ou séminaristes d' origine polonaise, ou lithuanienne, étaient de date récente. En dehors de la Pologne, il n' y avait encore que peu d' ordres féminins catholiques actifs dans le reste de l' Empire russe. 

La Russie était certes majoritairement orthodoxe, mais de nombreux territoires à la marge de l' Empire étaient majoritairement catholiques ( les parties polonaise et lithuanienne ) ou protestants ( la Courlande, la Finlande, les bords de la Baltique occidentale, les colonies allemandes de la Volga, etc...). La plupart des villes importantes économiquement comprenaient aussi des paroisses catholiques ou protestantes pour les minorités de l' Empire, de Samara à Vladivostok, de Kiev à Nijny-Novgorod. 

L' époque exigeait donc une meilleure formation intellectuelle des jeunes générations catholiques. Saint-Pétersbourg était alors une capitale européenne cosmopolite, dont  le dynamisme économique faisait se côtoyer de nombreuses nationalités. Il fallait être efficace, prosélyte et ne pas se laisser distancer par d' autres communautés.
En un mot il fallait être " moderne ".
Elle fonda aussi un pensionnat de jeunes filles en Finlande, qui était alors une province russe ( le Grand-Duché de Finlande ).


 Tout ce monde s' écroula au moment de la première guerre mondiale !sainte-catherine.jpg
 la paroisse catholique sainte Catherine comptait à la veille de la révolution 30 000 paroissiens


Lorsque la première guerre mondiale éclata, la Russie impériale se rangea aux côtés des alliés occidentaux français et anglais, et combattit le Reich allemand du Kaiser Guillaume et l' Autriche-Hongrie de François-Joseph. La Mère Ursule Ledochowska, qui était sujette autrichienne, dut donc partir pour la Suède neutre, où elle fonda à Stockholm une école et un pensionnat pour les jeunes filles catholiques ou non, et un journal en suédois, bien que la plupart des Catholiques de Suède ( très minoritaires ) fût d' origine étrangère. Elle échappa ainsi certainement aux persécutions bolchéviques qui allaient à partir de 1917 frapper la Russie, et en particulier les Chrétiens.



C' est ainsi qu' en 1917, elle créa au Danemark une école pour les enfants des réfugiés de guerre, dont des Polonais, et spécialement les Polonais de Russie, qui pour la plupart avait fui les territoires russes en proie à la révolution communiste, sans pouvoir s' installer en Pologne alors sous occupation austro-allemande. Elle donnait des conférences en plusieurs langues sur la situation de son pays et des orphelins dont elle s' occupait. Elle gagnait sa vie en donnant des cours de français.

Elle put revenir à Cracovie dans son couvent d' origine, au moment de l' indépendance de la Pologne en 1919.



En 1920, répondant à un appel qui la pressait depuis les années de guerre et de révolutions qui bouleversèrent l' Europe centrale et l' Europe de l' Est, elle fonda une branche nouvelle de la spiritualité ursuline : les soeurs ursulines du Sacré Coeur de Jésus Agonisant  ( les Ursulines grises ). Elles étaient quarante soeurs.

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 Cette nouvelle Congrégation était particulièrement vouée à l' éducation des enfants pauvres, des enfants de réfugiés, des orphelins, ainsi que des vieillards abandonnés. Elle répondait à la situation de son époque, ravagée, de l' après-guerre; et aussi aux préoccupations sociales de son temps, celui du capitalisme industriel qui détruisait trop souvent les liens spirituels.

Rapidement, elle put ouvrir de nouvelles maisons en Pologne. Le Pape Benoît XV ( 1915-1922 ) l' appela non moins rapidement à Rome, où elle ouvrit deux maisons d' éducation, dont une en banlieue.  De Rome, profitant aussi des conseils de son frère, elle dirigea ensuite sa Congrégation de la nouvelle maison généralice ( fondée en 1928 ). Elle reçut les statuts définitifs de ses filles, les Ursulines grises,  en 1930 sous le pontificat de Pie XI. 
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                        Wladimir Ledochowski,sj ( 1868-1915-1942 )



Elle disait : " le Très Saint Sacrement est le soleil de notre vie, notre trésor, notre bonheur. "

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le couvent de Piewny, en Pologne, où repose le corps de sainte Ursule Ledochowska

Elle mourut le lundi de Pentecôte 19 mai 1939 à Rome, laissant de nombreux écrits de méditation, quelques mois avant le début des hostilités...Il y avait alors 35 couvents en Pologne, en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, etc...

Elle fut béatifiée en en 1983 et canonisée en 2003 par Jean-Paul II. Les soeurs grises sont une trentaine en France.

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* La réconciliation du formidable cardinal polonais avec la Prusse n' eut lieu qu' en 1893 lors de la visite de Guillaume II à Rome.

** Il s' installa en Pologne autrichienne en 1855 où il termina ses jours dans un couvent dominicain de Galicie en 1870.
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Julie ( sainte Ursule ) Ledochowska avait trois demi-frères du premier mariage de leur père avec Marie von Seilern, Thimothée, Antoine et Casimir. Suivirent du second lit : Marie-Thérèse, Julie, Wladimir, Marie-Josèphe, Ernestine, Fanny et Ignace. Une petite Josèphe et un petit Stanislas moururent en bas-âge.

Lien : http://www.ursulines-cja.org

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